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Le jour où vous ouvrirez le chef d’œuvre de la figure de proue du panafricanisme révolutionnaire de notre époque, vous vous en voudriez d’avoir consacré les moments précieux de votre existence à chercher les dernières informations sur Avangers infinity.

Obscure Epoque de Kemi Séba n’est pas un ouvrage romanesque sur les drames de l’époque contemporain mais une fiction géopolitique tirée des faits réels, une saga littéraire sur ce qu’il appelle « le cancer de l’uniformisation de l’humanité ».

L’humanité est ici en proie aux manipulations géopolitiques des élites, « qui tentent de maquiller un monde, qui plus que jamais, se délite ». Le monde uniformisé dans ce contexte devient non seulement une gangrène, mais un moulin à haine où se heurtent replis identitaires et chocs ou affrontement de groupes extrémistes radicaux.

Le récit de l’auteur est une illustration des confrontations identitaires de notre ère. L’auteur fait des révélations anticipées sur le réveil brusque des peuples contre l’oligarchie manipulatrice et présente le chemin réservé aux seules personnes qui auront refusé « l’asservissement de l’âme »

Regard sur l’ouvrage : 8 épisodes du parcourt tumultueux d’une jeunesse radicalisée

Au commencement était la violence

Dans cette partie de l’ouvrage, deux acteurs principaux, d’un côté, Marcus, jeune Noir de 25 ans fondateur et leader de la Black Tribe. C’est un groupe de jeunes antillais et africains qui étaient décidées à imposer ses lois de vengeance contre les responsables de l’esclavage, la colonisation et du « racisme institutionnel des sociétés occidentales ».

De l’autre côté, Seth, jeune Blanc de 27 ans, ancienne victime des brutalités de jeune afros dans une salle de classe où il était le seule Blanc. Il avait créé son armée, le Martel Kombat, pour marteler ceux qu’il appelait « Nègres » et « arabes » et ainsi imposer l’idéologie de la suprématie de la race Blanche. La scène se déroule en France, les protagonistes ne cachaient pas leurs haines mutuelles sous l’égide des différences raciales et du bouleversement institutionnel et historique.

Kémi Séba : Formé en philosophie par le savant gabonais Grégoire Biyogo, Kémi Séba est un conférencier prisé dans les universités africaines. Il est basé à Dakar et sillonne l’Afrique et le Monde afrodiasporique .

Pour « la Black Tribe, le Martel Kombat (encore appelé skinheads) symbolisait l’impérialisme occidental dans sa manifestation la plus violente ( …), le Martel Kombat de son côté, voyait dans l’émergence de la Black Tribe, le symbole de la délinquance de la nation française envahie par les Noirs surarmés qui volaient, violaient leurs sœurs et prenaient leur emplois ».

Les affrontements entre ces deux groupes étaient à la fois violents et récurrents. Cependant ils ne se considéraient gère comme des gangs mais plutôt des armées au service du peuple. Il s’agissait donc de deux groupes ou encore deux individus que la race séparait mais qui partageaient un passé similaire : le rejet et l’ostracisme à cause la couleur de leur peau ; et une valeur commune : l’amour inconditionnée et démesurée pour leur peuple. Atteindront-ils la croisée des chemins où resteront-il sur les sentiers parallèles ?

Spiritual Redemption

Vous informer sur cet épisode serait peut-être spoiler l’histoire passionnante de nos deux héros des temps modernes. Cependant je puis vous dire que sans ce voyage, Seth ne saurait jamais que les stéréotypes xénophobes, négrophobes, arabophobes, islamophobes et autres, ne sont qu’une construction pure et simple d’une élite avide de pouvoir qui a créé un monde où la norme est la vision bipède des uns bons et des autres mauvais. En ce qui concerne Marcus, il finira peut-être par comprendre que « la connaissance est une arme bien plus virile que ses muscles et ses guns »

La suite ?

Je ne peux que vous inviter à plonger un regard intelligent sur cet œuvre.  C’est tout à fait surprenant qu’il ne soit pas encore repris en filme car le récit est orné de bouleversements et de suspenses. Ce livre est l’illustration par excellence de cette citation de Malcom X : Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment »

Ecrit par Dolly Afoumba

„La décolonisation sans la démocratie est une bien piètre forme de reprise de possession de soi, fictive“, Achille Mbembe, Sortir de la grande nuit. Ce livre datant de 2010 revient sur les conséquences de la colonisation, l’état actuel de l’Afrique et sa lutte post-coloniale, enfin sur les perspectives d’avenir qui s’offre à l’Afrique en tant que continent.

Achille Mbembe en tant que penseur post-coloniale développe le thème de la décolonisation de l’Afrique en direct filiation de penseurs tels que Frantz Fanon ou bien Jean-Marc Ela.

Achille Mbembe a vécu dans de nombreux pays, ce qui lui apporte une vision sur le monde particulièrement pertinente, c’est ainsi qu’il s’interroge sur la place de l’Afrique dans le monde. Selon lui, l’Afrique doit se détourner de l’Europe afin de prendre réellement son indépendance et d’assumer son rôle un continent d’avenir afin de devenir son propre centre de gravité.

Une vision pour l’Afrique

L’Afrique doit s’unir afin de parler d’une même voir dans le monde, il évoque les concepts de « nationalité africaine », « d’afropolitanisme » en regroupant une volonté panafricaine et l’esprit de la décolonisation.

C’est grâce à cette forme d’union entre les pays africains que l’Afrique pourra faire face à l’impérialisme qu’Achille Mbembe définit comme « la gestion à son propre profit, d’un chaos que l’on suscite, que l’on organise et que l’on entretient ».

Achille Mbembé

Double discours et renouveau

Il dresse une critique acerbe de la France qui n’a pas su se décoloniser elle-même et qui tient un double discours hypocrite.  D’un côté l’esprit républicain et les valeurs humanistes et  de l’autre côté de plus en plus en proie au nationalisme et au monté de l’extrême droite. Ce masque que l’on peut résumer par « une démocratie imbue de ses propres préjugés de race mais aveugle aux actes par lesquels elle pratique le racisme » selon l’auteur Achille Mbeme.

Cette prise d’indépendance passe par la décolonisation qui n’est pas acquise, c’est un processus de lutte contre des structures et des institutions mais avant tout un combat intérieur, psychique. La décolonisation passe avant tout par la démocratisation, Achille Mbembe critique la manière dont les élites politiques africaines se comportent comme les colonisateurs, usant des mêmes stratègie.

Achille Mbembe partage dans ce livre sa conception de l’humain en tant que « passant ». Il pense que avec   un « peuplée en majorité de passants potentiels » rêvant de l’ailleurs afin de se « réinventer et de se ré-enraciner ».  Ce processus de se « ré-enraciner » a pour conséquence une renaissance africaine.  A quoi il oppose les politiques de « frontiérisation » par lequel les puissances de ce monde transforment certains espaces en des lieux infranchissables pour certaines classes de la population.

Une pensée riche et complexe

Achille Mbembe est un penseur contemporain qui peut s’avérer parfois difficilement compréhensible. Son utilisation de concepts complexe peut être déroutant mais pourtant une fois compris ce nouveau lexique nous permet d’intégrer ses idées et ainsi de saisir l’ampleur de son propos.

Cette complexité devient richesse, et l’on comprend facilement les enjeux actuels de la décolonisation, son impact sur les sociétés africaines mais aussi les phénomènes mondiaux qui rentrent en jeu. Même si de prime abord Achille Mbembe peut sembler pessimiste, en souhaitant plus de démocratie et la mise en place d’une unité africaine il développe une vision positive pour le futur de l’Afrique.

Écrit par Antoine Fèvre

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« Pousser à la liberté ne rendait pas libre, enlever les chaînes au prisonnier n’était pas lui donner la liberté. La liberté c’était la paix. » Ken Bugul, Le Baobab fou. Son premier livre paru en 1984 où se mélange subtilement des éléments autobiographiques et une part de fiction retraçant la vie d’une jeune africaine à travers son enfance dans son village natal au Sénégal puis de sa confrontation avec le monde occidental durant ses années études.

Une œuvre autobiographique
Ken Bugul, ce nom qui peut se définir par « celle dont personne ne veut » en wolof, de son vrai nom Mariétou Mbaye Bileoma se dévoile dans son livre en revenant sur sa jeunesse. Une jeunesse qui prend lieu dans un premier temps dans un village reculé du Sénégal, une séparation précoce et douloureuse avec sa mère. En effet cette perte la plonge dans la solitude. Traversant la rue elle découvre les bancs de l’école et s’y plait. Elle se montre très studieuse à l’école, ce qui lui permets d’avoir accès une bourse pour étudier en Belgique. Et là c’est le choc culturel, loin de ses repères elle fait face à ses illusions. Elle à qui l’école lui a enseigné le fameux « mes ancêtres les gaulois » réalise l’hypocrisie du système colonial, rejeté et seule elle affronte le racisme et les discriminations. Elle sombre dans la dépression et les turpitudes européennes. Décidant de retourner dans son village natal, elle fait face à l’incompréhension de sa famille.

Le questionnement de l’identité
Malgré l’aspect inévitablement autobiographique ce récit comporte une certaine universalité. En effet plus qu’une expérience personnelle, Ken Bugul livre un témoignage de ce que de nombreux africains vivent en allant en Europe. Ce sentiment d’incompréhension et de rejet se ressent de manière impitoyable dans ce livre, nous ressentons le trouble intérieur du personnage et nous partageons ses peines. De nombreux thèmes sont abordés dans ce livre, toujours avec intelligence et simplicité. Partant de son point de départ soit de la famille africaine, elle développe le thème du mythe de l’Eldorado soit la perception d’une Europe en terre d’accueil pleines de promesses. La réalité s’avère bien loin de ses rêves. Ces désillusions sont nombreuses, tels que le racisme, la solitude accompagnée du mal du pays. Elle décrit cette spirale infernale d’une manière juste et terrible. Ce roman d’apprentissage est un voyage physique entre l’Afrique et l’Europe, et un voyage intérieure marqué par la question de l’identité et la découverte de soi notamment lors du retour dans son village natal.

Une œuvre marquant une rupture
Ken Bugul avec ce premier livre a bousculé de nombreux codes, choqué et critiqué par beaucoup ou bien adoré personne ne peut rester impassible. De ce livre ressort une brutalité, une vérité des émotions grâce à la liberté dont fait preuve Ken Bugul. Elle défend aussi une conscience féministe de la femme noire, non pas centré sur le vécu de femmes blanches issues de la bourgeoisie. Ainsi «l’harmonie brisée » devient une quête de soi.

Ecrit par Antoine Févre

Amoureux de la littérature?

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Pouemi Tchundjang, Joseph publie en 1980 « Monnaie, Servitude et liberté : la Répression monétaire de l’Afrique». Il énonce l’urgence qu’il y a de rendre les discussions sur les politiques monétaires plus accessibles au grand publique.

Selon l’auteur, « Il convient qu’en Afrique la monnaie cesse d’être le territoire du tout petit nombre de « spécialistes » qui jouent aux magiciens. ». Il dénonce avec acuité l’intérêt portée sur des questions inutiles dont le seul apport est de plonger le continent dans la déchéance : « Aujourd’hui, faute d’accorder aux questions monétaires l’attention qu’elles méritent, l’Afrique inflige à ses enfants, et plus encore à ceux qui ne sont pas encore nés, des souffrances tout à fait gratuites. ».

La Monnaie : entre servitude et union
Pouemi (1937-1984), est un mathématicien et économiste érudit, qui a donné un nouveau sens à la recherche sur les politiques monétaires. Selon l’auteur l’argent ne représente pas juste une valeur en soi, mais également un « phénomène social ».

L’économiste souligne que la fonction monétaire qui jadis se limitait au moyen de paiement, à l’unité arithmétique et à une valeur de conversion, a au fil du temps perdu sa rationalité et sa clarté pour devenir un mystérieux instrument de domination, de colonisation et de dignité éventuellement réservé à une classe sociale particulière (oligarques).

Selon Pouemi, la résolution des problèmes politiques et sociaux du continent passera aussi par la résolution des difficultés de gestion monétaire. La monnaie est comme l’octroie d’un prêt dont la légitimité dépend de la manière dont cet emprunt est utilisé.

Elle demeure essentiellement la propriété souveraine de la nation, car l’approbation des salaires et des emprunts dépend de l’ambition politique et économique du Pays et ne doit ni être contrôlé encore moins régi par les étrangers. Pour l’auteur le Franc cfa représente pour les africains l’expression de la colonisation permanente des pays utilisateur et la France demeure le seul pays au monde qui a, après les indépendances, réussi à pousser sa monnaie à l’intérieure de tous les secteurs rentables des pays et à lui octroyé une exclusivité incontestable à tous les niveaux de commerce.

Briser les normes bancaires
En tant que Partisans des mouvements indépendantistes en Afrique, il estimait que les chercheurs de son époque et même ceux de l’époque contemporaine devraient se détacher des approches dogmatiques et euro-centriques et développer de nouveaux paradigmes d’analyse afin de mieux comprendre les techniques de répression et de domination à travers un instrument basé sur l’échange comme la monnaie.

Pouemi est le père de la théorie de la monnaie comme instrument de servitude et définit dans son œuvre des approches plus adaptées à son époque pour faire comprendre ce mécanisme à ses confrères de mouvements anti-impérialistes. Il propose que les pays encore sous domination monétaire se désolidarise de ce système d’asservissement en créer un bloc réunissant tous les pays africains (des moins avancées aux plus avancées), régis par une seule monnaie et dirigée par une banque centrale commune.

Cet ouvrage nous apprend tout d’abord à avoir un regard plus critique sur les politiques monétaires qui régissent notre quotidien en Afrique, elle a aussi été un support important pour les luttes anti-cfa et les œuvres y référant.

Joseph Tchundjang Pouémi

Pouemi encourage les Africains à la recherche et à l’innovation. Afin de pérenniser son œuvre, il faudra que les générations actuelles et futures n’hésitent pas à percer les mystères de la science et de la recherche en créant de nouvelle théories et approches analytiques pour comprendre les normes monétaires et les normes bancaires qui sont jusqu’ici dominées par les étrangers.

Il incombe à tous les acteurs de la vie sociale et académique en Afrique de lire cet ouvrage et de s’imprégner des idées de l’auteur afin d’être à même non seulement d’enseigner mais aussi de comprendre les mécanismes qui régissent la colonisation monétaire.

*(cf. Jacques Rueff)
Ecrit par Dolly Afoumba

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« [La colonisation est] une négation systématisée de l’autre, une décision forcenée de refuser à l’autre tout attribut d’humanité » Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, paru en 1961. Les Damnés de la Terre est son dernier ouvrage et sans doute son ouvrage le plus populaire, ce livre a eu une résonnance particulière du fait du contexte de la Guerre d’Algérie. Une guerre de décolonisation où la violence est au centre de tout, elle est visible sur les corps et dans les esprits.

Le livre est aujourd’hui l’une des œuvres les plus importantes de la théorie postcoloniale. Le mélange de l’analyse socio-psychologique et du pamphlet politique a rendu le livre extrêmement populaire dans de nombreuses parties du monde et est devenu un travail fondamental important dans les mouvements anticoloniaux.

Les thèses développées par Frantz Fanon
L’auteur développe le concept de violence nécessaire pour s’émanciper d’une Europe colonisatrice, dont la mission soi-disant civilisatrice répond à une logique d’impérialisme niant l’humanité du colonisé.

Frantz Fanon analyse les procédés utilisés par les colons, afin d’informer ainsi que d’aider les peuples colonisés à se libérer. Il évoque notamment les logiques de divisions des colons basées sur les différences entre ethnies, empêchant ainsi toute unité. Or il explique que c’est cette unité qui permet la révolution et donc la construction d’un Etat indépendant. Cet réflexion s’accompagne d’une réflexion sur l’impact de la violence sur les corps et les esprits des colonisés.

Frantz Fanon

En effet selon Frantz Fanon la colonisation nie la condition d’humain au colonisé. Ce dernier subit non seulement des séquelles physiques à travers le travail forcé, les violences et la torture mais aussi un traumatisme psychique provoqué par des mécanismes d’acculturation et de perte identitaire. C’est pourquoi Frantz Fanon souligne l’importance de la culture, la violence des mots et des concepts apparaît aussi émancipatrice que la violence physique.

La préface intransigeante de Jean Paul Sartre introduit parfaitement le propos révolutionnaire de Frantz Fanon soit la violence comme nécessité. Le contenu polémique de l’ouvrage ainsi que l’appel à la résistance violente provoque sa censure lors de sa publication.

Un essai fondateur
Cet essai est un élément fondateur à la compréhension de la colonisation, de tous les processus qui la font exister. Frantz Fanon en écrivant cet ouvrage encourage d’une part les opprimés à se révolter mais par sa formation de psychiatre, il étudie aussi les conséquences de la violence sur les corps et les esprits.

Cette déconstruction de la colonisation et de ses conséquences apportant une force au mouvement tiers-mondiste. « Les damnes de la terre » a une portée politique évidente et Frantz Fanon se fait porte-parole du mouvement tiers-mondiste.

Ecrit par Antoine Fèvre

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